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PSYCHIATRIE
L’hypothèse d’une neurotransmission dopa-
minergique accrue reste de mise dans la
production des symptômes psychotiques
tant dans la schizophrénie que dans les
psychoses induites. Les patients souffrant
de dépression psychotique ont un niveau
accru de DA et de HVA comparés aux pa-
tients dépressifs non psychotiques (Deva-
nand 1985, Schatzberg 1985). Ces résultats
suggèrent que les taux élevés de gluco-cor-
ticoïdes observés de façon routinière dans
la dépression psychotique peuvent augmen-
ter l’activité dopaminergique (Rothschild
1992), entraînant in fine le développement
de troubles psychotiques (Posner 1999).
Les techniques d’imagerie avec la F-Fluoro-
dopa ont été utilisées pour mesurer l’acti-
vité pré-synaptique dopaminergique (Marti-
not 2001).
La capture du traceur était remarquable-
ment basse chez les patients dépressifs
avec inhibition psychomotrice comparée à
celle des patients contrôlés anxieux impul-
sifs. Deux études différentes de neuro-ima-
gerie utilisant les ligands des D2-D3 ont
été entreprises afin de mesurer l’activité
des récepteurs dopaminergiques chez les
patients dépressifs (D’Haenen et Shah
1997). Toutes deux constatent une aug-
mentation du signal dans le striatum. Ces
résultats suggèrent que les récepteurs D2
sont ‘up-régulés’ dans la dépression, proba-
blement en raison d’une hypofonction dopa-
minergique présynaptique.
Les résultats de tests neuro-endocriniens sont
concordants, faisant montre d’une dysfonc-
tion dopaminergique dans la dépression.
L’apomorphine, agoniste de plusieurs récep-
teurs dopaminergiques, entraîne une sécré-
tion accrue de GH (hormone de croissance)
à travers un mécanisme post-synaptique. Plu-
sieurs études montrent une réponse émous-
sée de GH à l’apomorphine dans les dépres-
sions majeures (Pitchot 1992 et 1995).
Cependant, les résultats de ce paradigme
chez les patients maniaques ont été équivo-
ques et ne supportent pas l’hypothèse
d’une activité dopaminergique accrue dans
la manie (Ansseau 1987).
A l’opposé de la dépression majeure, la ré-
ponse de la GH à l’apomorphine ne diffère
pas entre les sujets souffrants d’attaque de
panique et les sujets contrôles, éclairant à
nouveau le rôle dysfonctionnel de la DA
dans les troubles dépressifs. Le test à l’apo-
morphine peut être un ‘marqueur de suici-
dabilité’ chez les patients dépressifs. Pitchot
(2001) a mis en exergue une différence de
réponse entre les patients dépressifs com-
prenant des TS ou ayant commis des suici-
des, et ceux sans anamnèse de suicidabilité.
A contrario, l’action de plusieurs molécules
accentuant la transmission dopaminergi-
que est associée avec une amélioration des
symptômes dépressifs. Ainsi, les D-amphé-
tamines et le méthyl-phénidate augmen-
tent le relâchement de la DA avec en résul-
tante une énergie accrue, une activation et
une augmentation de l’humeur. Cependant,
l’augmentation de l’humeur est transitoire
chez ces patients dépressifs ainsi que chez
les individus euthymiques (Jacobs et Sil-
verstone 1988). En outre, elles sont ineffec-
tives en tant qu’antidépresseurs, du moins
en monothérapie. Cependant, elles peuvent
être utilisées en adjonction aux SSRI et au-
tres antidépresseurs en cas de non réponse
(Fawcet 1998).
Autre argument pro-dopamine
Les antidépresseurs, bupropion et aminep-
tine, possèdent tous deux des propriétés
agonistes de la dopamine.
Tandis que les antipsychotiques typiques
antagonistes des multiples récepteurs dopa-
minergiques peuvent engendrer un syn-
drome analogue à la dépression, incluant
l’anhédonie, la perte d’énergie et la dyspho-
rie.
En résumé, les évidences pharmacologi-
ques de l’importance du rôle de la DA dans
la dépression, incluent que :
- les psychostimulants peuvent provoquer
l’euphorie et de l’énergie accrue chez les
patients dépressifs et chez les patients eu-
thymiques ;
- différents antidépresseurs tels que la nomi-
fensine et la sertraline fonctionnent en par-
tie via le blocage du re-uptake de la DA ;
- les antagonistes D2 tels que l’halopéridol
et la chlorpromazine peuvent produire un
syndrome qui ressemble à la dépres-
sion.
TEMPO MÉDICAL – FÉVRIER 2012 –
Le test à
l’apomorphine
peut être un
‘marqueur de
suicidabilité’
chez
les patients
dépressifs.
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