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CARDIOLOGIE
élevée alors que la synthèse hépatique était réduite, les ‘bons absorbeurs’ et, à
l'inverse, des sujets ayant une importante capacité de synthèse hépatique mais qui
sont de faibles absorbeurs intestinaux, les ‘bons synthétiseurs’. Fort logique-
ment, de par leur mécanisme d'action, les phytostérols sont plus efficaces chez les
bons absorbeurs et leur effet est moindre chez les bons synthétiseurs qui en re-
vanche répondent souvent très bien aux statines qui agissent sur le versant hépa-
tique de l'homéostasie du cholestérol.
Il est possible de distinguer ces deux types d'individus en dosant dans le sang deux
composés : le cholestanol qui est un précurseur de l’absorption du cholestérol et le
lathostérol qui est un précurseur de la synthèse du cholestérol. Un ratio cholestanol/la-
thostérol élevé caractérise les ‘bons absorbeurs’ de cholestérol et de phytostérols.
Les phytostérols peuvent-ils être recommandés en prévention primaire ?
La consommation de produits enrichis en phytostérols semble une mesure logique
en prévention primaire chez les sujets ayant trop de cholestérol en tant que com-
plément de comportements de vie dont les effets cardiovasculaires bénéfiques sont
amplement démontrés, activités physiques suffisantes, alimentation saine et équi-
librée restreignant les graisses saturées et trans, consommation modérée d'alcool
et de sel, pas de tabac, surveillance du poids. Il est clairement démontré que les
phytostérols réduisent les taux sanguins de cholestérol et notamment du chole-
stérol-LDL qui est celui le plus directement lié à l'athérosclérose. Cependant, l'ef-
fet clinique de ces produits reste inconnu et nous ne savons actuellement pas si
les modifications induites par les phytostérols entraînent une réduction des évé-
nements cardiovasculaires et de la mortalité. Tout ce que l'on peut dire provisoi-
rement est qu'une baisse d'environ 10 % du cholestérol-LDL permet d'espérer une
diminution de 10 à 20 % de la morbimortalité coronarienne.
Voulez-vous dire qu'il n'y a pas d'études sur le sujet ?
Il y a des études, à la fois chez l'animal et chez l'homme, mais elles sont insuffisan-
tes pour statuer pleinement. La plupart des données animales sont en faveur d’un
effet anti-athéroscléreux des phytostérols, mais il faut rester prudent car bien des
exemples sont là pour rappeler que l'extrapolation des données de l'animal à
l'homme est toujours hasardeuse, la physiologie humaine étant parfois très éloignée
de celle des animaux étudiés en laboratoire. Quant aux études humaines, elles ont
souvent été menées sur des petites populations d'individus et sur des périodes cour-
tes. Nous sommes en possession de données concernant les effets lipidiques, mais
nous avons grand besoin d’études cliniques et d’intervention sur le risque cardio-
vasculaire ou sur la progression ou la régression des plaques d’athérome.
Chez qui recommanderiez-vous les aliments enrichis en phytostérols ?
Il paraît légitime de les conseiller aux personnes ayant un taux de cholestérol trop
élevé et chez qui le recours aux médicaments n'est pas indiqué. Il n'y a en revan-
che aucune raison de considérer les aliments enrichis en phytostérols comme
moyen de prévention cardiovasculaire primaire dans l’ensemble de la population
pour garantir un taux de cholestérol bas.
En pratique, pour parvenir à une consommation de 2 g de phytostérols, il faut man-
ger environ 6 tartines recouvertes de margarine enrichie en phytostérols. J'insiste
sur le fait que ces produits ne doivent en rien dispenser des mesures hygiéno-
diététiques classiques. Ils constituent une aide à l'abaissement du cholestérol de
7 à 10 %, mais ne se substituent en aucun cas aux modifications du régime alimen-
taire et du style de vie requises en cas d'hypercholestérolémie. Associés à une ali-
mentation saine et un style de vie adéquat, les phytostérols peuvent entraîner une
baisse du taux de cholestérol-LDL allant jusqu'à 15 % chez les sujets ayant une hy-
percholestérolémie.
Une baisse d'environ
10 % du cholestérol-
LDL permet d'espérer
une diminution de
10 à 20 % de la
morbimortalité
coronarienne.
TEMPO MÉDICAL – FÉVRIER 2012 –
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