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DOSSIER DU MOIS
cio-économiques défavorisés, en particu-
lier au sein des populations immigrées en
provenance de pays pauvres"
, précise Phi-
lippe Lefebvre.
"Pourquoi ? Parce que ces
personnes consultent moins et n'ont pu bé-
néficier, durant leur enfance, du suivi médi-
cal voulu lorsqu'elles souffraient d'otites
séromuqueuses ou moyennes aiguës. Par
conséquent, le généraliste doit redoubler
d'attention quand elles font appel à lui."
Autre point : quand une surdité progressive
semble s'installer chez un patient âgé de 20
à 40 ans, la possibilité d'une otospongiose
doit être envisagée, surtout s'il y a des an-
técédents dans la famille, la maladie étant
génétique, souvent familiale.
Les tumeurs bénignes de l'oreille sont rares,
outre le cholestéatome. Et les tumeurs ma-
lignes, rarissimes.
"Ces dernières, qui sur-
viennent la plupart du temps chez des per-
sonnes âgées, prennent généralement la
forme d'un épithélium épidermoïde évo-
luant très lentement"
, souligne Philippe Le-
febvre.
"Elles se signalent habituellement
par une diminution de l'audition, mais sur-
tout par une douleur qui devra éveiller l'at-
tention du généraliste. Dans ces affections,
le pronostic est relativement bon."
Dans les problèmes auditifs induits par une
pathologie neurologique, telle une sclérose
en plaques, le patient se plaint peu fré-
quemment d'avoir l'oreille bouchée ou de
moins bien entendre, mais plutôt de connaî-
tre des problèmes d'intelligibilité de la pa-
role, d'audition dans le bruit ou de localisa-
tion de la source sonore.
"Nombre de
maladies neurologiques sont susceptibles
de s'accompagner de ce genre de déficit,
en particulier celles qui touchent le tronc cé-
rébral"
, commente le responsable du ser-
vice ORL du CHU de Liège.
Parmi les problèmes auditifs de type neuro-
logique figurent en outre les troubles de la
maturation du système nerveux central chez
l'enfant. Les parents, l'entourage et le mé-
decin généraliste constateront que celui-ci
semble ne pas entendre. Toutefois, l'audio-
gramme qui sera réalisé se révélera parfai-
tement normal. En revanche, le bilan audi-
tif central, lui, mettra en exergue des
dysfonctionnements de la voie auditive cen-
trale – troubles de l'audition dans le bruit,
troubles dans le reconnaissance des voix et
des mélodies, etc. La récupération est pos-
sible grâce à une logopédie adaptée, pour
autant qu'elle soit entreprise suffisamment
tôt, c'est-à-dire avant l'âge de 12 ans envi-
ron, tant que la plasticité cérébrale demeure
exploitable dans ce registre.
Augmenter le son de sa télévision, ne pas
comprendre les paroles de ses interlocu-
teurs au cours d'une conversation… : le
scénario, bien connu des généralistes, est
classique chez un tiers des personnes
âgées. La presbyacousie, cette baisse d'au-
dition invalidante qui se forge au fil des
ans, ne peut être prise en charge que par le
recours à une prothèse auditive. Une prise
en charge globale où l'aspect psychologi-
que est essentiel, ainsi que nous l'évoquions
dans un autre article de ce dossier.
"Les An-
glo-Saxons parlent de ‘hearingaid’, d'aide à
l'audition"
, dit le Pr Lefebvre.
"Cette termi-
nologie est meilleure, car la notion de pro-
thèse donne l'illusion d'un appareillage ca-
pable de restituer une audition quasi
parfaite, comme les lunettes rendent une vi-
sion normale ou les prothèses de hanche,
une marche normale. Il faut être conscients
qu'avec les prothèses auditives, nous nous
situons dans le cadre d'une relation coûts-
bénéfices."
Les tumeurs
bénignes de
l'oreille sont
rares
, outre le
cholestéatome.
Et les tumeurs
malignes,
rarissimes.
TEMPO MÉDICAL – FÉVRIER 2012 –
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