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DOSSIER DU MOIS
Si les lunettes permettent généralement de
récupérer une vision normale, la prothèse
auditive, externe ou interne, n'est que la
‘béquille du malentendant’. Nombre de per-
sonnes la rangent d'ailleurs dans un tiroir,
jugeant qu'elle ne leur donne guère accès
qu'à du ‘brouhaha’.
"Pour s'avérer efficace,
la prothèse doit être sélectionnée et réglée
en fonction de chaque cas particulier"
, in-
siste le Pr Lefebvre.
"En outre, le succès
d'un appareillage auditif dépend largement
de la manière dont le patient est pris en
charge dans sa globalité. Point essentiel : il
faut lui expliquer objectivement l'apport et
les limites d'un tel équipement."
A côté des prothèses externes, qui tendent
vers la miniaturisation, il existe des prothè-
ses implantables dont les performances
sont similaires, si ce n'est qu'elles sont un
peu moins puissantes et, partant, convien-
nent moins aux très fortes surdités. En l'oc-
currence, le vibrateur est accroché à la
chaîne ossiculaire, tandis que le micro, la
batterie et le processeur sont placés sous la
peau, derrière l'oreille. Une télécommande
permet d'activer ou de désactiver le sys-
tème et la batterie se recharge en transcu-
tané. Inconvénient principal : le coût, qui
s'élève à quelque 14.000 euros.
Un nouveau langage
L'implant cochléaire, lui, ne repose plus
sur une stimulation acoustique, mais sur
une stimulation électrique des neurones de
l'oreille interne. Ce qui impose au patient –
typiquement l'enfant sourd sévère à pro-
fond (70 % des cas) ou l'adulte ne pouvant
tirer profit d'une prothèse auditive – une ré-
éducation s'étendant sur deux ans.
"C'est
presque apprendre une langue étrangère"
,
explique notre interlocuteur.
"Il faut parve-
nir à décoder un nouveau langage, comme
quand on essaie de percevoir les conversa-
tions sur une chaîne de télévision cryptée
alors qu'on ne dispose pas d'un décodeur.
A terme, le système se révèle néanmoins
souvent très efficace."
En 1994, le Comité consultatif national
d'éthique pour les sciences de la vie et de
la santé (CCNE – France) remettait un avis
dans lequel il recommandait l'enseigne-
ment du langage des signes aux enfants
sourds parallèlement à la pose éventuelle
d'un implant cochléaire. Le Pr Lefebvre
combat cette idée. L'apprentissage du lan-
gage oral passe par les aires auditives pri-
maires. Dans le cas de l'apprentissage de la
langue des signes, ce sont les aires visuel-
les primaires qui sont stimulées. Elles éta-
blissent des connexions au détriment de la
voie auditive. En effet, si la plasticité neuro-
nale et synaptique au niveau du cortex sub-
siste tout au long de la vie, à des degrés di-
vers, il n'en est pas de même à l'échelon
des aires primaires.
"Si l'on rééduque de fa-
çon visuelle un enfant totalement sourd,
jamais il ne pourra bénéficier d'un implant
cochléaire"
, insiste l'oto-rhino-laryngolo-
giste du CHU de Liège. Et d'ajouter :
"En
outre, un tel implant doit être posé chez
l'enfant sourd avant l'âge de 5 ans, sinon il
n'aura aucune efficacité."
(1) Une petite pompe dont l’embout est positionné
dans le conduit auditif fait varier la pression de
l’air. Cette variation de pression est transmise à
l’oreille interne et diminue, par un mécanisme
inconnu, le nombre de crises de vertige présen-
tées par le patient.
TEMPO MÉDICAL – FÉVRIER 2012 –
Si les lunettes permettent généralement de récupérer une vision
normale,
la prothèse auditive
, externe ou interne, n'est que la
‘béquille du malentendant’.
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