Tempo Digest 77

Les BIOSIMILAIRES , carburant de l’innovation Au cours de la 31 e BWGE, le Prof. M. Ferrante, gastro-entérologue à l’UZ Leuven, a partagé son expérience de l’introduction de biosimilaires dans le traitement des maladies inflammatoires de l’intestin (MICI). Au départ, les gastro- entérologues avaient de nombreux doutes quant à l’utilisation de biosimilaires et n’étaient pas convaincus que les données cliniques issues de la recherche sur le rhumatisme pourraient être extrapolées aux MICI. Cependant, ils ont désormais confiance en leur utilisation, y compris en ce qui concerne le switch de l’original au biosimilaire. À l’UZ Leuven, le passage de l’infliximab au CT-P13 est complet pour tous les patients atteints de MICI. Cette expérience les met en confiance concernant le switch à un biosimilaire pour l’adalimumab. Pour l’adalimumab, des données cliniques issues de la recherche sur les rhumatismes ont également montré que le passage de l’original au traitement SB5 se déroule sans problème. Le Dr Luc Declercq, chef du service rhumatologie à l’UZ Antwerpen, a parlé de son expérience dans le rhumatisme, où des biosimilaires de l’infliximab ont été utilisés pendant un certain temps chez des nouveaux patients, mais aussi lors de switches. Pour l’adalimumab, un projet pilote a récemment été lancé dans son centre pour générer des données « réelles » chez les patients qui passent de l’original à un biosimilaire. Le Dr De Clercq a insisté sur l’importance de toujours en parler ouvertement avec le patient. L’original et les différents biosimilaires diffèrent par leur formule. Le professeur Joäo Gonçalvez, pharmacologue à l’université de Lisbonne, a exposé l’impact potentiel de cela sur la sécurité. A ce sujet, il est particulièrement important d’examiner la stabilité des différentes formules car cela peut avoir une influence sur l’immunogénicité. Les données cliniques ont montré qu’il n’y avait pas de différence d’immunogénicité pour les différentes formulations d’adalimumab. Le professeur Gonçalves a également présenté des données qui montrent que la formulation du SB5 était très stable 4 semaines à température ambiante. Il y a également beaucoup de discussions sur la manière dont les différences de formulation peuvent affecter la douleur au site d’injection, en particulier le citrate de sodium. Mais il y a tellement de facteurs, liés au produit mais aussi à sa manipulation, qui peuvent jouer un rôle. Les données cliniques et les données dans la vraie vie montrent donc qu’il n’y a aucun risque associé à l’utilisation de biosimilaires. On peut dès lors se demander s’il y a bien un avantage. L’utilisation de biosimilaires permet d’économiser beaucoup d’argent. Le gouvernement veut stimuler leur utilisation en accordant aux médecins un bonus personnel basé sur la quantité de biosimilaires qu’ils prescrivent. Tant les gastro-entérologues que les rhumatologues conviennent toutefois qu’il serait préférable de consacrer cet argent à de nouvelles recherches ou à des soins de meilleure qualité pour les patients atteints de maladies rhumatismales et de MICI. TRAITER L’HÉPATITE C AVEC UN ANTIVIRAL DIRECT : à quelle co-médication être attentif ? L’étude « co-med », à propos des interactions entre les anti-viraux à action directe (AAD) et les co-médications a été présentée par le Dr S. Bourgeois (ZNA Middelheim). Cette étude multicentrique a collecté les données de 405 patients traités dans 11 centres en Belgique en 2017. Etaient concernés les traitements anciens et actuels contre l’hépatite C, les comorbidités, les co-médications et les changements effectués au moment de l’initiation des AAD. Il a été constaté que 90% des patients prenaient des co-médications. Chez 1 patient sur 5, le traitement a été adapté/ modifié lors de l’initiation de l’agent antiviral, selon les recommandations du site Liverpool. Mais, malgré cela, 22% des patients pourraient présenter des effets indésirables en raison d’interactions médicamenteuses. Cette étude suggère donc que les médecins sont conscients du risque d’interactions médicamenteuses avec des AAD mais qu’il persiste un gap entre la pratique dans la vie réelle et les recommandations. Rôle du MICROBIOME INTESTINAL dans les MICI Le rôle du microbiome dans les maladies inflammatoires de l’intestin (MICI) se devait de figurer au programme de la BWGE 2019. Le professeur Georgina Hold du Centre de recherche sur le microbiome de l’Université de South Wales, en Australie, en a dressé l’état des lieux et a présenté différentes approches thérapeutiques  (1) . Et les premiers résultats du projet «Vlaams Darm Project», le plus vaste du genre au monde, ont été présentés par le professeur Jeroen Raes, microbiologiste à la KU Leuven (2) . On cherche depuis longtemps à comprendre la génétique des IBD. Depuis quelques années déjà, grâce aux recherches de la Genome Wide Association (GWA), on sait qu’il existe plus de 200 loci génétiques associés aux IBD. La plupart d’entre eux se chevauchent pour la colite ulcéreuse et la maladie de Crohn, mais certaines associations semblent également être spécifiques à l’une de ces deux maladies. Quant au « Vlaams Darmflora Project », il a été lancé en 2012 dans le but de cartographier la flore intestinale d’environ 5 000 volontaires flamands en bonne santé et d’en apprendre ainsi davantage sur la nature, la fonction et le métabolisme des milliards de bactéries qui vivent dans le tractus intestinal. Ce projet relatif à la flore intestinale est le plus important du genre et devrait servir de référence pour la recherche clinique future. La grande échelle, par exemple, offre la possibilité de fournir des « best practices » pour la collecte et le traitement d’échantillons de selles. (1) Mcllroy J, Ianiro G, Mukopadhya I et al ; Ther Review article : the gut microbiome in inflammatory bowel disease – avenues for microbial management. Aliment Pharmacol Ther. 2018:47:26-42. (2) http://www.vib.be/nl/mens-en-gezondheid/darmflora-project Expérience pratique avec Xeljanz ® dans la COLITE ULCÉREUSE La Pr Séverine Vermeire, gastro-entérologue à l’UZ Leuven, a évoqué l’expérience qu’elle a pu édifier à ce jour avec le tofacitinib. Le tofacitinib est enregistré sous le nom commercial Xeljanz ® et est indiqué, depuis août 2018, dans le traitement de la colite ulcéreuse modérée à sévère chez les patients qui ne répondent plus - ou moins bien -, ou qui ne tolèrent pas un traitement conventionnel ou un médicament biologique. L’expérience acquise dans le service du Pr Vermeire est en partie le résultat de leur participation au programme de phase 3. Soixante-trois patients ont été inclus dans l’étude OCTAVE et ceux-ci sont toujours en cours de traitement dans le cadre de cette étude. Et l’expérience a été réalisée chez 20 patients grâce au programme d’urgence médicale lancé en Belgique fin 2018. Ce programme permet de traiter les patients en attente de remboursement du tofacitinib pour la colite ulcéreuse. Tous les patients inclus avaient déjà un lourd passé médical. Dans tous les cas, les symptômes cliniques se sont améliorés après 8 semaines de traitement par le tofacitinib et l’examen endoscopique a également montré une cicatrisation de la muqueuse. Les valeurs de calprotectine fécale ont également été améliorées. Sur base de son expérience, la Pr Vermeire estime que le tofacitinib est une nouvelle alternative bienvenue dans le traitement de la colite ulcéreuse. Étant donné que plusieurs cytokines sont impliquées dans la pathogenèse des maladies inflammatoires intestinales via la voie JAK / STAT, les JAK sont une cible prometteuse pour la colite ulcéreuse. Les petites molécules telles que les inhibiteurs de JAK offrent également certains avantages par rapport aux médicaments biologiques. Par exemple, ils présentent une courte demi-vie, ce qui permet d’arrêter le médicament rapidement si nécessaire. Il n’y a pas non plus d’immunogénicité et l’avantage de l’administration par voie orale. Le tofacitinib est actuellement le seul inhibiteur de JAK approuvé pour le traitement de la colite ulcéreuse, avec une dose d’induction de 10 mg deux fois par jour pendant 8 semaines, suivie d’une dose d’entretien de 5 mg deux fois par jour. Dans l’ensemble, le profil d’innocuité est bon, mais une surveillance supplémentaire, comme pour les médicaments biologiques, s’applique. 8 | 77 TEMPO–DIGEST CONGRESS NEWS Retrouvez le compte-rendu complet de la BWGE 2019 et toutes les vidéos interviews sur www.medisquare.be/index.php/rapport-de-congres-belgian- week-of-gastroenterology-2019/ Prof. Marc Ferrante Dr Luc De Clercq Prof. Séverine Vermeire Prof. Joäo Gonçalves Dr S.Bourgeois

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