Tempo Digest 75

Pour cette édition « rétrospective 2018 « de Tempo Digest, c’est un best-of des grandes annonces faites lors des congrès scientifiques de l’année que nous vous proposons. La médecine évolue, la communication médicale aussi, mais les congrès annuels des sociétés savantes, qu’ils soient virtuels ou réels, sont toujours l’occasion de partager – diffuser – confronter à ses pairs, les résultats de recherches ou de réflexions. Une occasion unique de lutter contre les fake news et la patascience. La POLLUTION augmente le risque d’infarctus du myocarde Lors du dernier congrès de la Belgian Society of Cardiology (BSC), une étude présentée par le belge Jean-François Argacha (UZ Brussel), a révélé qu’une dégradation importante de la qualité de l’air va de pair avec une augmentation du risque de STEMI. L’analyse « Air pollution and ST-elevation myocardial infarction, a case crossover study of Belgian STEMI registry 2009- 2013 » établit un lien entre les 11.400 personnes qui ont eu un accident cardiaque en Belgique entre 2009 et 2013 et les données recueillies par les stations de mesure de la Cellule interrégionale pour l’environnement (CELINE). Premier enseignement : la pollution a des effets pulmonaires et cancerigènes mais aussi cardiologiques. « Les affections qui résultent de la pollution de l’air sont pour 40% pulmonaires et pour 60% cardiovasculaires, explique le Dr Argacha . Des dégradations rapides de la qualité de l’air s’avèrent avoir un impact direct sur la survenue d’infarctus. » Pourquoi ? En raison du stress oxydatif que la pollution génère. Chaque augmentation de 10 microgrammes/m 3 de particules fines (PM 2.5) entraîne dans les 24 heures une hausse de 2,8% du risque de STEMI. Une augmentation de 10 µg/ m 3 de dioxyde d’azote (NO 2 ) va de pair avec une hausse de 5,1% du risque d’accident cardiaque. Il semble en outre que les patients diabétiques, hypertendus, ou encore souffrant d’hypercholestérolémie ne soient pas davantage exposés aux conséquences de la pollution. Il semble en revanche que les personnes de plus de 75 ans soient plus sensibles aux effets nocifs des particules fines, alors que les moins de 55 ans sont plus fragiles face au NO 2 . La météo joue par ailleurs un rôle important : par temps froid et sec, la pollution est importante et le nombre d’infarctus augmente. Comment se protéger des effets nocifs des microparticules ? Pour éviter le stress oxydatif, on pourrait prescrire des régimes anti-oxydants. « Peine perdue , répond Jean-François Argacha. C’est sans doute vrai in vitro, mais dans la réalité, ça ne marche pas. Les régimes antioxydants ont d’ailleurs toujours été décevants en cardiologie. » Autre piste : le port du masque lorsqu’on marche ou qu’on roule à vélo en ville. Là aussi, il ne faut pas se bercer de trop d’illusions. « La protection qu’offrent les masques en papier est à peu près nulle. Il existe des masques qui filtrent l’air, mais ils filtrent tellement fort qu’ils gênent beaucoup l’effort physique. » Des résultats qui doivent non pas décourager la pratique du sport, mais bien faire réfléchir à l’endroit où on le pratique ! Sources : - BSC annual congress 2018 – Brussels- 8 février 2018 - Argacha JF et al. Air pollution and ST-elevation myocardial infarction, Int J Cardiol 2016;223:300–5 Dr Argacha J.F. (UZ Brussel) XXX th Edition HÉPATOLOGIE : The burden of NASH La stéatose hépatique non alcoolique (ou NASH de «Non Alcoolic Steato Hepatitis» ) est une pathologie caractérisée par une augmentation du taux sériques de transaminases ou de Gamma GT, un tableau histologique de stéatose et d’hépatite (avec ou sans fibrose) et la survenue chez un patient qui n’a pas d’autre maladie hépatique (d’origine virale, auto-immune, génétique ou toxique, ni alcoolique). Sa définition est histologique: l’analyse de la biopsie hépatique met en évidence une stéatose accompagnée par des lésions d’hépatite: ballonisation, nécrose, inflammation et corps de Mallory. Elle évolue, chez environ 1/3 des patients, à travers différents degrés de fibrose vers une cirrhose et favorise l’apparition d’un carcinome hépato-cellulaire. Sa prise en charge repose principalement sur la prévention de son évolution via des conseils d’hygiène de vie et le traitement de la résistance à l’insuline. D’après les hépatologues, elle aura, dans les 5 années à venir, supplanté l’hépatite C en tant que cause de cirrhose. C’est pourquoi de nombreuses équipes de recherche et les laboratoires pharmaceutiques investissent dans cette «maladie du siècle» largement imputable à la malbouffe. IBD : à la recherche de BIOMARQUEURS SPÉCIFIQUES Lors de la dernière BWGE, une session consacrée aux maladies inflammatoires chro- niques de l’intestin et organisée par le BIRD (Belgian Inflammatory Bowel Diseases Research and Development Group), s’est intéressée aux aspects novateurs de la recherche scientifique. Parmi ceux-ci, le phénotypage des patients par ce qu’on appelle les « omics » et la recherche de biomarqueurs spécifiques font l’objet d’inté- ressantes perspectives. Sous le terme générique « omics » s’apparentent de nouvelles technologies faisant référence à « genomics, transcriptomics, proteomics, metabono- mics…». Ces outils permettent une analyse précoce et spécifique des effets d’une substance chimique sur l’organisme. Les « omics » ouvrent l’ère d’un nouveau défi à la génomique et s’inscrivent également comme de nouveaux outils de diagnostic, puisqu’ils permettent de mieux classer les malades en différents sous-groupes quoi ont probablement des mécanismes pathologiques différents et devraient par consé- quent nécessiter des approches thérapeutiques différentes. Ils font de plus, grâce aux informations précieuses qu’ils apportent, naître de grands espoirs pour le criblage de molécules et l’identification de médicaments. Cette inver- sion du modèle de recherche (de l’expérimentation tradi- tionnelle basée sur des hypo- thèses précises à un modèle de recherche qui ne dépend pas de telles hypothèses) ouvre de manière inédite la porte à de nombreuses découvertes sur les mécanismes pathophysiologiques des maladies, ainsi que sur la compréhension des facteurs moléculaires qui influencent l’efficacité et la toxicité des médicaments ou encore la manière dont notre organisme répond et réagit aux médica- ments et à l’alimentation. En ce qui concerne les IBD, nul doute que les biomarqueurs de la maladie seront les compagnons de demain des cliniciens pour l’accompagnement stratégique diagnostique et thérapeutique. Repérer la NASH CHEZ LES SUJETS OBÈSES La stéatose hépatique non alcoolique (NASH) est actuellement la maladie chronique hépatique la plus fréquente à travers le monde. Elle s’accompagne de complications hépatiques mais aussi extra- hépatiques qu’il convient de prévenir de manière forte. En effet, elle contribue fortement à l’insulinorésistance et à ses complications métaboliques. Il est donc tout particulièrement intéressant, chez les personnes obèses, d’évaluer rapidement leur état hépatique dans l’optique d’un suivi et, sur le plan de la recherche, d’évaluer l’impact d’interventions thérapeutiques via des études cliniques. Le Docteur Nicolas Lanthier (St Luc - Bruxelles) a présenté une étude prospective belge menée auprès de 46 sujets obèses chez qui un Fibroscan ® a été réalisé afin de révéler l’état du foie. Il s’est avéré que cet examen peut véritablement apporter des informations intéressantes : 76% des patients présentaient une stéatose sévère et 28% des signes de fibrose hépatique avancée. Source : BWGE 2018 – BASL session- Thursday 22/02/2018 ESC Press Conference - ENVIRONMENT AND THE HEART Dr Jean François Argach 20 18 2 | 75 TEMPO–DIGEST CONGRESS NEWS SPÉCIAL RÉTROSPECTIVE

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